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Interview de Phil Casoar (interview pour le site Goscinny.net, novembre 2002)

Phil Casoar est l'auteur de l'Album Goscinny paru fin 2002 aux Editions des Arènes.

- Phil Casoar, Bonjour. Pouvez-vous vous présenter ?

Pas si facile, car j'ai beaucoup d'occupations parfois très éclectiques. Disons, pour simplifier, que je suis journaliste. Je travaille notamment pour la revue Fluide Glacial, dans laquelle j'écris une rubrique depuis 1978. A l'époque, je tenais, dans Charlie Mensuel, une rubrique, nommée "What's up, doc ?" avec Jean-Pierre Jeunet. Nous signions "Rivoire & Carret". Gotlib aimait bien cette rubrique et m'a demandé d'écrire pour Fluide Glacial qu'il venait de lancer. J'ai aussi réalisé une BD ("Les aventures épatantes et véridiques de Benoît Broutchoux" avec Stéphane Callens) et écrit des scénarios pour Margerin. Enfin, je suis l'auteur, avec Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, du "Fabuleux album d'Amélie Poulain", livre qui raconte le tournage du célèbre film. Mais je travaille également dans l'édition (Laffont, 10/18...), les documentaires, etc.

- Pouvez-vous nous raconter l'histoire de l'"Album Goscinny" ?

Avec Laurent Beccaria, des éditions des Arènes, nous avions réalisé le "fabuleux album d'Amélie Poulain". L'éditeur avait été très content du résultat - et des ventes ;-) -, d'autant plus qu'il s'agissait d'un livre réalisé en très peu de temps. Il avait envie de renouveller l'expérience. Mais le livre sur Amélie Poulain, comme je l'ai dit, avait été réalisé en quatre mois, dans la foulée du film, ce qui avait été assez éprouvant. J'avais de mon côté pas mal de projets en cours et donc peu de temps à consacrer à un nouveau livre. Mais quand Laurent m'a proposé de travailler sur un livre autour de l'œuvre de René Goscinny, il était difficile de refuser... J'ai donc accepté de superviser le livre en travaillant avec toute une équipe, dont la plupart des composantes (maquettiste, photographe) avait d'ailleurs déjà travaillé sur celui consacré au film de Jean-Pierre Jeunet.

- Comment s'est effectué le choix des textes ?

Nous sommes allé au bureau d'Anne Goscinny, à Paris, où une grande malle avait été mise à notre disposition. Elle contenait des copies des textes de René Goscinny dont nous pourrions potentiellement nous servir. L'idée de départ était donc de faire un livre sur la base de ces textes. Le problème était tout d'abord de faire un livre cohérent. Il n'était pas question d'éditer une suite de textes sans réel fil conducteur. Il nous est apparu très vite que les textes sur l'enfance et l'adolescence, ceux qui, finalement, parlaient de son public étaient ceux qui fonctionnaient le mieux, ceux qui étaient les plus intemporels. Le monde de l'enfance est un monde à part. Quelle que soit l'époque, l'enfance reste l'enfance. Les "minots" d'aujourd'hui rigolent en lisant les aventures du Petit Nicolas, qui ont pourtant été écrites il y a plus de 30 ans de cela. La cour d'école est éternelle... Je vais également parfois en Hongrie et je m'aperçois que les enfants, là-bas, connaissent très bien Le Petit Nicolas qui est traduit en hongrois. Donc, non seulement ces textes sont intemporels, mais de plus ils dépassent sans problèmes les frontières. C'est rare...
Nous avons ainsi, dans un premier temps, choisi d'axer nos recherches sur les textes de René Goscinny parlant de l'enfance et de l'adolescence. Il fallait ensuite organiser tout cela. Il nous a semblé, là aussi, assez rapidement évident qu'il fallait prendre en compte un aspect chronologique, qui montrerait la façon dont nous avons tous grandi avec Goscinny : depuis la plus tendre enfance jusqu'à l'époque de l'adolescence. L'élève Chaprot, issu des Dingodossiers, s'est donc imposé à nous. On a imaginé plusieurs aspects chronologiques : les étapes scolaires (au primaire en 1959, au secondaire en 1962, etc.), les différents moments de la journée (petit déjeuner, rentrée à l'école, récréation, etc.), mais aussi les différents jours de la semaine et, enfin, plusieurs numéros de Pilote, correspondant aux grandes étapes de la vie de ce journal dans les années 60 et 70. La mécanique était en route...
Enfin, nous avons décidé de terminer le livre avec une évocation de René Goscinny lui-même au travers de ses textes plus personnels. J'ai préféré une postface car je n'aime pas les préfaces. Je n'aime pas que l'on me parle d'un livre avant que je l'aie lu. Je préfère me faire mon idée moi-même... De plus cela aurait cassé le fil de la chronologie et le lecteur aurait été un peu perdu, à mon avis...

-N'a-t-il pas été difficile d'éliminer certains textes ?

Cela s'est fait par filtres successifs. Il y a 33 textes dans le livre. Personnellement, je serais bien allé jusqu'à 40 en rajoutant notamment quelques feuillets autour de la "Potachologie illustrée", mais c'est vrai que cela aurait un peu déséquilibré le livre. Tout s'est décidé au travers de discussions et de compromis avec l'équipe. Le résultat est finalement assez homogène, je pense... Cela a quan dmême été un plaisir de travailler sur ce livre. Réaliser un écrin à une telle œuvre, c'est quand même passionnant...

- La plupart des textes ne sont pas sourcés, ce que l'on peut peut-être regretter. Est-ce une démarche personnelle ?

Non. Disons qu'il s'agit plutôt là d'une démarche d'éditeur.

- Quel a été le rôle de Jean-Pierre Mercier et le vôtre dans l'élaboration de ce livre ?

J'ai pour ma part supervisé le livre, imaginé son concept et effectué le découpage des chapitres. J'ai également écrit le synopsis des textes de chaque récit de l'élève Chaprot, textes ensuite écrits par Léandri. J'ai suivi les étapes ensuite et veillé au bon déroulement du fil conducteur du livre, par rapport notamment à l'aspect chronologique. Jean-Piere Mercier a, lui, sélectionné les textes et images extraits des anciens numéros de Pilote et s'est chargé de collecter le matériel pour les doubles pages représentant les images des différents héros. Pour les doubles pages photographiques regroupant notamment les objets de l'élève Chaprot, j'ai donné une liste d'objets qui ont ensuite été "mis en images" par le photographe.

- Quelle a été votre première rencontre avec Goscinny ?

Je crois qu'il s'agit de l'album d'Astérix "La serpe d'or" en 1962. J'avais 6 ans. Auparavant, mes parents m'avaient offert des livres de Calvo. J'ai appris plus tard qu'il avait tenu un rôle important dans la carrière et la vocation d'Uderzo. Comme quoi...

- Quels sont vos personnages et séries préférés chez Goscinny ?

Le Petit Nicolas, car je pense que c'est ce qu'il a fait de plus personnel. Mais j'aime beaucoup les scénarios de Lucky Luke aussi. Astérix également, bien évidemment. J'ai aussi un faible pour Prosciutto et Spaghetti, qu'il a publié avec Dino Attanasio. C'est un personnage de BD assez vachard, assez décalé pour l'époque. C'étaient des bandes dessinées qui étaient vraiment pour les enfants, et le rôle de Spaghetti est assez ambigu, presque "osé" pour l'époque. J'ai aussi des souvenirs d'enfance, lorsque sortait "le nouvel album de Tintin" ou "le nouvel Astérix", pour être plus proche de Goscinny. C'était la fête à la maison. D'ailleurs, mon père me les piquait avant que je puisse en lire la première page...

- Qui incarne le mieux l'esprit Goscinny aujourd'hui ?

L'un de mes scénaristes préférés est Yann. Pour moi, c'est un descendant de Goscinny qui aurait récupéré en chemin un gène de Vuillemin ou de Reiser. Il peut être très classique sur la forme, travailler sur les pastiches, tourner autour des mêmes ressorts de scénarios que Goscinny, tout en ayant un côté provocateur qui le rapproche de l'esprit Hara-Kiri. La série "Les innommables", c'est quand même fort... Il "pond" souvent des histoires qui sont des pastiches, mais avec un fond historique très documenté, tout comme Goscinny, qu'il adore, d'ailleurs. Il a, d'autre part, lui aussi travaillé avec Morris, ce qui lui donne une certaine légitimité dans le métier.
En revanche, je crois qu'en tant que rédacteur en chef, découvreur de talents, Goscinny n'a jamais été remplacé. Dans ce domaine, il y a eu deux "grands" à mon avis : Goscinny chez Pilote et Wolinsky à Charlie Mensuel. D'ailleurs, tous les deux ont été dessinateurs au départ. Ce n'est peut-être pas un hasard... Aujourd'hui, j'ai l'impression que les rédac'chefs sont plus des fans de BD, ils sont parfois trop complaisants, pas assez critiques. Ils refusent moins qu'à une certaine époque. Pourtant, c'est cela qui a fait avancer et s'améliorer bon nombre de dessinateurs de l'époque...

- Est-ce que Pilote pourrait être refait aujourd'hui ?

Non, je ne crois pas. D'abord, une partie de son succès était dû à sa périodicité hébdomadaire. Aujourd'hui, ce type de revue est plutôt mensuelle. Et puis, il y a la concurrence de la télévision, des séries télévisées. Ce que les jeunes lecteurs trouvaient dans Pilote, ils le trouvent plutôt aujourd'hui à la télévision, il me semble. D'ailleurs, l'énergie créatrice de nombreuses personnes s'est aussi tournée aujourd'hui vers la réalisation d'émissions pour la télé. Et puis, pourquoi vouloir refaire Pilote, après tout ? C'était une revue qui correspondait parfaitement à une époque, on est aujourd'hui passé à autre chose, je crois. C'est peut-être mieux ainsi.

- Dernière question : avez-vous d'autres projets autour de René Goscinny ?

Non, pas pour l'instant. Mais je travaille sur un autre livre avec les éditions de s Arènes, sur un sujet très différent... Rendez-vous dans qelques mois...

Merci, Phil Casoar...

 

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