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Interview d'Alain Chabat (France Info, novembre 2002)

Ce n'est vraiment pas par hasard qu'Alain Chabat a réalisé la dernière adaptation cinématographique d'Astérix "Mission Cléopatre". Depuis tout petit, Chabat a grandi à l'ombre de Goscinny, en lisant Pilote, les aventures du gaulois, mais aussi Lucky Luke ou Iznogoud. Alain Chabat le reconnaît sans peine : son humour doit énormément à Goscinny.

- Mon premier contact avec Goscinny, ca a du être Astérix, en fait. Je me souviens des deux / trois premières BD que ma marraine m'avait achetées, j'étais vraiment petit. Ca me plaisait tout de suite. Lucky Luke, j epleurais de rire, je ne sais même pas pourquoi. Rantanplan me faisait marrer, Averell est incroyablement bête, Le Petit Nicolas, je trouvais ça vraiment drôle à lire, parce que je me disais : "c'est vrai que je parle comme ça dans la cour de recré", les petits dessins de Sempé j'aimais bien. Iznogoud, je me marrais sur les jeux de mots pourris, mais des trucs, je me disais : "mais on a pas le droit de faire des calembours pareils, de passer autant de temps pour arriver à une chute comme ça". Les scénars de Lucky Luke, c'est implacable, on peut prendre n'importe quel album de Lucky Luke et en faire un super bon western. Maintenant, ça dépend des périodes. Des fois je ne suis que dans Lucky Luke, des fois je ne suis que dans Le Petit Nicolas. En ce moment, je relis tous les Iznogoud, j'avais un peu oublié. En plus, c'est super agréable, quand tu ne les a pas relu depuis cinq ou six ans, tu fais presque exprès de ne pas les lire. Il y a des Lucky Luke que j'ai et que je ne relis pas pour avoir le plaisir de le faire plus tard. La diligence, par exemple, ça fait super longtemps que je ne l'ai pas lu, je vais le reprendre un jour, bien peinard. Le pied tendre, c'est une super bonne histoire. Après coup, moi je vois le travail d'auteur dans le sens presque noble du terme, de Goscinny.

- Qui sont les principaux héritiers de Goscinny ?

- Ah mais moi, il y a plein de trucs, très consciemment, que je pique, ou en tout cas auxquels je pense, dont je m'inspire, qui sont des hommages, je me dis : "tiens j'aimerais bien trouver un truc comme il a trouvé, quelque chose dans cette famille d'histoires ou de gags". Il a par exemple écrit des personnages d'imbéciles fabuleux. Que ce soit le calife Haroun El Poussa qui est super gentil mais super con. Ou Averell ! Et Rantanplan ! C'est une mine ! Même les Dalton, qui creusent quatre trous pour s'évader de la prison : un petit, un moyen, un plus grand et un encore plus grand pour Averell, et Lucky Luke dit qu'ils sont vraiment bêtes parce qu'il sont creusé quatre trous là où un seul suffirait, et que le gardien de la prison dit "Ah oui, tiens, j'y avais pas pensé". Là où n'importe qui s'arrêterait à un gag, Goscinny trouve celui d'après que moi je n'aurais pas vu, franchement.

- C'est quoi selon vous, la principale force de Goscinny ? De son écriture, de sa façon de faire de la BD ?

- Le fond et la forme, je crois. Le fond parce que ça dit toujours des choses qui, moi, m'intéressent sur la bétise, le pouvoir ou l'argent. Et la forme parce que c'est toujours caché derrière un divertissement, pour tout public, et qu'il arrive à placer là-dedans ses petites mines à droite et à gauche, humanistes, sarcastiques, avec un oeil d'observateur de la vie quotidienne, de la société. Discrétement. Très chic. C'est jamais emmerdant. On peut le lire à n'importe quel âge, et on y apprend des choses. C'est un vrai auteur, tout simplement. La classe pure.

 

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