Interview de Patrice Leconte (France Info, novembre 2002)
-
Les grands souvenirs que j'ai de lui sont les souvenirs de ces fameux
"conseils de rédaction" de Pilote qui avaient lieu une
fois par semaine, le lundi, en fin de journée, et où toute
l'équipe de Pilote se retrouvait pour proposer des idées.
Et c'étaient là que se trouvaient les grands anciens, les
ténors, les maîtres du barreau, qu'il y avaient des jeunes
blanc-becs débutants qui essayaient de caser des pages. Il fallait
proposer des idées. Et Goscinny était merveilleux là-dedans
parce qu'il savait "choper" en quelques secondes ce qu'il fallait
faire ou ne pas faire. Il sentait où se trouvait la bonne idée
ou la mauvaise idée, ou la fausse bonne idée, et il réglait
ça très vite et très facilement, c'était une
merveille. Face à Goscinny, on ne pouvait pas être nul. On
ne pouvait pas être "juste bon". Il fallait être
très bon, si possible. -
Vous vous souvenez de Goscinny patron de presse. Qu'est-ce que vous retenez
de Goscinny auteur, scénariste et dialoguiste ? - Ce que l'on retient des créateurs, c'est qu'ils continuent à être vivants. Lucky Luke est toujours vivant, mais ce n'est plus lui qui l'écrit, par définition, depuis longtemps, hélas. Et ce n'est plus Morris qui le dessine, donc c'est un peu triste. Mais grâce au succès du merveilleux "Astérix et Cléopâtre" d'Alain Chabat, Goscinny est toujours parmi nous. Quand vous feuilletez Le Petit Nicolas, Goscinny est toujours là. Quand vous revoyez "Le viager", de Pierre Tchernia, Goscinny est toujours parmi nous. Donc, ce que j'aime c'est essentiellement le fait de savoir que grâce à Astérix et aux films qui se font, Goscinny n'est pas quelqu'un du temps passé mais c'est quelqu'un de maintenant...
|