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Iznogoud apparaît pour la première fois en 1962 dans
le numéro 1 du journal Record. A cette date
René Goscinny est déjà une star dans le monde de la BD.
Il est au conseil de rédaction de Pilote dans
lequel paraît notamment Astérix gladiateur.
Dargaud sort en album La Serpe d'or. Quatre
albums de Lucky Luke sont publiés chez Dupuis. Et surtout, Denoël édite
Les Vacances du Petit Nicolas, écrit par Goscinny
et dessiné par Sempé. Cette dernière parution est décisive… et nous allons
voir pourquoi…
L'histoire d'un détective…
Lorsque Dargaud et les Editions de la Bonne Presse (catholique) lancent
Record, ils font naturellement appel à l'incontournable
et intarissable Goscinny pour imaginer de nouvelles aventures…
Goscinny contacte alors le dessinateur Jean Tabary avec qui il a déjà
créé Valentin le vagabond.
« Nous allons faire une histoire de détective »,
explique d'abord Goscinny à Tabary. « Il était question d'une
série policière avec un détective plus ou moins privé, raconte ce dernier.
Bref je dessine un détective et quelques personnages secondaires. (…)
Quelques jours plus tard il m'annonce que c'est accepté et il me demande
de venir lire le synopsis. Je le lis, et je découvre avec stupéfaction
que ce n'est pas du tout une histoire de détective : c'est l'histoire
d'un abominable grand vizir, à l'époque des Mille et Une Nuits !… " Ah
! oui, me dit Goscinny, j'ai oublié de te prévenir : j'ai changé d'idée
! »
Car entre- temps, Goscinny a eu une inspiration et va puiser dans une
de ses propres œuvres.
Iznogoud est né grâce au Petit Nicolas
Iznogoud est né dans Les Vacances du Petit Nicolas,
écrit par Goscinny et paru chez Denoël en 1962, date de naissance d'Iznogoud.
Dans le chapitre « La sieste » (p. 90-91, nouvelle
édition, 1994), Goscinny a imaginé un moniteur de colonie de vacances
(le chef) qui tente de raconter une histoire pour inciter Nicolas et ses
petits camarades à faire la sieste.
- Une histoire, chef ! Une histoire ! nous avons tous crié.
- Le chef a fait un gros soupir et il a dit que bon, d'accord, mais
silence.
- Il y avait une fois, a dit le chef, dans un très lointain pays, un
calife qui était très bon, mais qui avait un très méchant vizir…
(…)
Comme plus personne ne dormait, le chef a continué à nous raconter son
histoire.
C'était pas mal, surtout la partie où le chouette calife se déguise
pour savoir ce que les gens pensent de lui, et le grand vizir, qui est
drôlement méchant, en profite pour prendre sa place.
Iznogoud est publié simultanément dans Record
(qui disparaît en 1968), et dans Pilote.
Le premier album paraît en 1966 aux éditions Dargaud. En 1977, à la mort
de René Goscinny, Tabary continuera seul les mésaventures d'Iznogoud.
Les 8 premiers albums sont édités par les Editions Dargaud. Tous les
autres à partir du 9e sont publiés aux éditions
Tabary.
Iznogoud de Funès
René Goscinny disparaît trop tôt pour faire aboutir l'un de ses grands
projets : Iznogoud sur grand écran. Non pas un dessin animé mais un Grand
Vizir incarné par Louis de Funès. De sa main René Goscinny écrit sur une
de ses notes : Iznogoud a besoin d'affection et de gaieté.
Pour le film Iznogoud il avait imaginé un
casting : De Funès, Dhéry, Noiret, Préboist, Legras, Jabbour,
Galabru, Balutin, Carel, Virlojeux, Marin.
Goscinny écrit plusieurs versions du scénario, aidé dans son entreprise
par son ami et complice Pierre Tchernia. Il budgétise même le coût d'une
telle production. Costumes, décors à la turque, palais, effets spéciaux…
une fortune.
En 1996, la société de production Saban réalise une série de dessins
animés Iznogoud pour la télévision. Le héros de Goscinny et Tabary sera
diffusé dans 24 pays.
« Petit et méchant »
Dans ce document de travail inédit, René Goscinny présente ainsi
« Les aventures du calife Haroun el Poussah », qui
deviendront par la suite « Les aventures d'Iznogoud ».
Il décrit précisément à quoi doit ressembler Iznogoud et quels sont ses
traits de caractère. La recette du succès ?
« Deux personnages sont les vedettes de cette série. Haroun
El Poussah, calife de Bagdad, qui est très bon, très gros, pas très intelligent,
qui ne fait rien, et le fait bien. Le grand vizir Iznogoud, qui est petit,
maigre, et horriblement méchant. Iznogoud n'a qu'un rêve : devenir calife
à la place du calife. Le sujet est donc très simple : Iznogoud, dans
chaque épisode, trouvera un moyen infaillible de se débarrasser du calife,
et ce moyen se retournera infailliblement contre lui. Le calife ne s'apercevra
jamais de rien, et persistera à appeler son ignoble grand vizir " Mon
bon Iznogoud ».
« Iznogoud sera aidé dans ses entreprises par son homme de
main Dilat Laraht, qui lui servira souvent de cobaye. Dilat ne croit pas
à la victoire de son maître, et essaiera sans succès de le dissuader.
Dans cette parodie des Mille et Une Nuits, les décors devront être très
simples et stylisés. Les costumes, des costumes de turquerie. Nos héros
sont un peu minables, et un repas somptueux est constitué par du poulet.
Quatre ou cinq citoyens représentent le peuple en délire ; quatre ou cinq
soldats, la garde du calife. Les truquages sont très simples. »

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Cette
série est née d'une façon spéciale : elle est assez curieusement
issue du Petit Nicolas que je faisais avec Sempé. »
Goscinny
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Dessin de Sempé
dans Les Vacances
du Petit Nicolas. |
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