René Goscinny et Morris ont donné de très nombreuses interviews au long de leurs carrières respectives. Nous vous présentons une sélection de quelques extraits parus dans différentes publications.


Goscinny, je l'ai rencontré à New York par l'intermédiaire de Joseph Gillain qui m'avait dit : « Je connais un Français, un véritable cinglé, et j'aimerais que tu le voies, il est amusant… » Et il avait dit à Goscinny exactement la même chose sur mon compte !


Ça a vraiment été formidable dès le début ! C'est une collaboration extrêmement facile car je sens bien son dessin, et lui sent bien mes scénarii. Nous nous entendons parfaitement.


Travailler avec Goscinny était passionnant.
C'était un garçon extrêmement intelligent et, de plus, nous nous accordions parfaitement : quand il écrivait un scénario, je voyais exactement ce qu'il voulait exprimer et lui voyait déjà le dessin que j'allais en faire.
C'était une collaboration de grande qualité (…). Quand j'ajoutais des éléments qui n'étaient pas contenus dans ses scénarii, j'avais soin de faire en sorte que ce soit dans la ligne de son esprit. Il était génial…


Morris aimait bien mes scénarii ; et ce qu'il voulait surtout, lui, c'était dessiner. Il souhaitait se décharger de l'écriture. Il avait d'excellentes idées, mais le travail du scénariste ne l'intéressait pas dans la mesure où il faisait ça au jour le jour.


Goscinny est un grand technicien. Sur 44 pages, par exemple, il fait toujours en sorte qu'il y ait un équilibre entre l'introduction, le corps et la conclusion de l'histoire. Et il m'indique même, en général, l'angle de vue de l'image. Mais, là, je prends des libertés : si je vois une raison de changer, je change.
(...)
L'idée de base est choisie soit par moi, soit par lui, mais on la met au point ensemble. Il confectionne ensuite un synopsis, où chaque paragraphe (quelques lignes) représente une page. On en discute encore un peu, et il m'envoie alors le découpage, par petits paquets de trois ou quatre planches à la fois. (...)
En fait je suis assez fidèle à ce qu'il me demande.


Au départ on nous avait demandé de ne pas trop user de violence. Et c'est devenu pour nous une plaisanterie, une sorte de jeu : faire " Lucky Luke " sans qu'il y ait jamais un seul blessé par balle.
Cela nous est finalement très utile dans la mesure où la tentation serait forte de finir chaque aventure par un duel et de descendre le méchant. Alors que là, nous sommes toujours obligés d'inventer le truc pour empêcher la bagarre et c'est très amusant à faire…


J'ai été censuré plus d'une fois (…).
Quand je dessinais une pendaison et qu'on voyait un bout de corde, je devais changer le dessin !


Et c'est terriblement embêtant parce que c'est tout de même une histoire de cow-boys, avec des Peaux-Rouges, de la cavalerie et tout. Et avec Morris, on pense quelquefois qu'on va finir par se payer un bain de sang pour se défouler un peu… »

 

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